La Sierra Gorda
La Tail of the Dragon peut aller se rhabiller.
Dix-huit kilomètres. Trois cent dix-huit courbes. Aux États-Unis, ça suffit à faire une légende. Face à la route de la Sierra Gorda — la Grosse Chaîne de montagnes —, ce n’est qu’un léger titillement.

Aujourd’hui, je m’en vais à Jalpan de Serra. Dit comme ça, rien de spectaculaire. Sauf que le chemin qui y mène est l’une des routes les plus sinueuses et les plus extrêmes du Mexique. Motocyclistes et camionneurs parlent d’une succession ininterrompue de virages serrés à flanc de montagne, d’épingles à cheveux, de montées et de descentes. Les premiers en parlent avec des étoiles dans les yeux. Les seconds, avec une peur parfaitement compréhensible.


Mon aventure commence à Tequisquiapan. 1 900 mètres d’altitude, climat semi-désertique. C’est cette combinaison d’altitude, d’ensoleillement et de microclimat qui a fait de la région le cœur de la Route des Vins et des Fromages du Querétaro.
Je me rend à El Campamento, entrée de la Réserve de la biosphère de la Sierra Gorda. Il n’existe pas de chiffre officiel. Mais entre ce village et Jalpan de Serra, sur moins de 80 kilomètres, on dévale plus de mille courbes. La vitesse moyenne dépasse rarement 50 km/h. Et encore : à plusieurs endroits, c’est trop vite... En tout cas trop vite pour moi.
Le décor change vite. Le semi-désert cède la place à la forêt de nuages avec ses pins et ses chênes. L’air se charge d’humidité et la température baisse d'au moins 10 degrés.
Juste avant le village, la route passe par le col mythique de la Puerta del Cielo -la Porte du Ciel-, à plus de 2 700 mètres, le point le plus élevé du réseau routier de l’État. Deux parois de montagne. Le ciel au milieu.

crédit: Escapadas.mx
Pinal de Amoles apparaît à 2 400 mètres : climat tempéré, frais, très humide, forêt de nuages. Parfois le village disparaît dans une mer de brume. Aujourd’hui, le ciel est clair. C’est magnifique.
La route de la Serra Gorda c’est aussi l’endroit où la vigilance doit être totale. Brouillard soudain. Pentes abruptes. Bétail. Taches d’huile. Un obstacle sur la chaussée. Tout peut arriver.
Puis la descente, longue et sinueuse, jusqu’à Jalpan de Serra : 760 mètres d'altitude avec un climat tropical et la température remonte de 15 degrés. En quelques heures, on traverse trois mondes. On part des vignes dans un climat semi-désertique et on finit dans la chaleur tropicale.
Église de Jalpan de Serra
La Sierra Gorda n’est pas un circuit. C’est une leçon de modestie. C'est le maître et je suis l'élève et elle me permet de me rappeler que chaque jour, mon temps vaut plus, parce qu’il m’en reste moins. C'est pourquoi je profite pleinement de la chance que j'ai d'habiter ce magnifique pays.





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