Mexico - Coatepec et ses divas
- curvesandcracks

- 26 janv.
- 3 min de lecture
Depuis trois semaines, je suis installée à Coatepec. Une charmante petite ville située dans les montagnes de l'état de Veracruz.
Une petite ville, oui, mais avec un trio de l'enfer : Molé, café et orchidée.
Je pensais naïvement que les orchidées c’étaient juste des fleurs chères qui meurent dès que qu'on les regarde un peu trop. Erreur monumentale. Ces plantes sont en fait les plus grandes manipulatrices, escroqueuses sexuelles et survivantes de l’histoire du règne végétal.
Accrochez-vous, on va plonger dans leur monde.
Tout commence en Grèce antique avec un macho nommé Orchis. Fils d’une nymphe et d’un satyre, il se saoul pendant un des party de Dionysos et tente de… disons… charmer une prêtresse un peu trop vigoureusement. Résultat : les dieux le punissent en le démembrant mais suite à l'intervention de son père, il est transformé en fleur.

Ses testicules (orchis en latin) deviennent des tubercules, ainsi naît le nom «orchidée». Moralité : si vous abusez de la téquila divine, vous risquez de finir avec des organes génitaux souterrains.

Passons à l’époque moderne : direction Coatepec, au Mexique, la Mecque officielle des orchidées. Ici, ils ont un festival annuel, un musée dédié et des forêts nuageuses remplies de spécimens qui ont l’air de savoir qu’ils sont plus beaux que vous.
Ici, tout le monde s'ambitionne avec ses hybrides et ses raretés. Si vous voulez impressionner un botaniste, dites simplement « Je suis allée à Coatepec » et regardez-le fondre.
Mais le vrai génie des orchidées, c’est leur stratégie de cruise. Oubliez le nectar. Voici la tactique employée par l’orchidée-abeille. Elle a décidé de se créer un faux-profil, niveau expert. Regardez-moi cette beauté :
crédit: commons.wikimedia.org et Claude Nuridsany
La fleur ressemble à s’y méprendre à une abeille femelle en chaleur, phéromones incluses. Le mâle abeille arrive, voit la belle, tente sa chance… et se retrouve avec du pollen collé de la tête aux... pattes. Il repart frustré, va voir la fleur suivante… et la pollinise sans même sans rendre compte, ses hormones contrôlant son petit cerveau. Zéro consentement, 100 % efficacité. Darwin a dû se dire « OK, l’évolution a clairement un sens de l’humour tordu ».
D’ailleurs, parlons de Darwin. En 1862, il publie un livre entier sur la pollinisation des orchidées. Il était obsédé. Il a démontré que ces constructions absurdes ne pouvaient exister que par une lente coévolution avec les insectes. En gros : « Regardez comme la nature est ingénieuse… ». Les orchidées ont été sa preuve vivante que l’évolution n’est pas une gentille fable pour enfants.
crédit: Isabella Armour, Darwin's orchidea
En 1862, on envoie à Charles Darwin une orchidée de Madagascar avec un éperon nectarifère ridicule de 30 cm de long, et lui, au lieu de dire « wow, joli vase », il lâche : « Il doit exister un papillon de nuit avec une langue de la même longueur, sinon c’est impossible ! »Tout le monde rit de lui, le traite de vieux fou obsédé par les organes démesurés (tiens, comme Orchis avant lui), et pendant 41 ans les scientifiques l'agace gentiment ou non. Puis en 1903, bang ! On découvre un papillon ayant une trompe de 30 cm exactement… prouvant que Darwin avait raison.
Et puis il y a la star incontestée : la vanille originaire, bien sûr, du Mexique. Celle-ci embaume nos pâtisseries d'un arôme incomparable.
crédit: LuberonGourmet.com
Et, ne venez pas me parler de la vanille artificielle. Bien sûr qu'elle est moins chère mais... ses flaveurs n'arrive même pas à la cheville du fruit de l'orchidée.
N.B. On fabrique environ 15 000 tonnes par an de vanille artificielle et environ 50 tonnes par an de vanille naturelle.
Mais attention, les orchidées sont en danger.
Déforestation, cueillette illégale massive, disparition des pollinisateurs spécifiques… Résultat : plus de la moitié des espèces sont menacées. On parle d’un groupe de plantes qui a survécu à des millions d’années d’évolution, et qui risque de disparaître.
La prochaine fois que vous en achetez une, pensez à Orchis, à l’abeille frustrée et à Darwin qui prend des notes en rougissant.
Vous avez déjà été victime d’une orchidée capricieuse ?


































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